Au Burkina Faso, elles sont peu nombreuses, celles qui choisissent de faire du  travail de la terre un métier (l’agriculture). Et quand elles décident de franchir le pas, c’est à cœur joie qu’elles s’y adonnent et même, réussissent mieux que certains hommes.  Au sein de l’Union Nationale des sociétés coopératives des Producteurs Semenciers du Burkina (UNPSB), on rencontre des femmes qui acceptent faire de l’agriculture leur métier. C’est le cas de madame Sylvie KASSONGO/SAMA. Lisez plutôt !

 

Présentez-vous à nos lecteurs

Je me nomme madame Sylvie Kassongo/Sama, entrepreneure agricole, je réside dans la région des Hauts-Bassins, mariée et mère de trois enfants. Je suis secrétaire à l’organisation, au sein du Conseil d’Administration de l’UNPSB.

Depuis quand  êtes-vous engagée dans l’agriculture et qu’est-ce qui a réellement motivé votre choix ? 

J’ai commencé l’agriculture depuis la tendre enfance, c’est-à-dire depuis la Côte d’Ivoire auprès de mes parents. J’ai appris à cultiver tout d’abord la banane, ensuite la papaye, le café-cacao, ainsi que bien d’autres spéculations. C’est suite à mon mariage que je suis rentrée au Burkina et une fois au pays, j’ai essayé pas mal  d’activités, mais cela ne m’a pas réussi.

C’est ainsi que j’ai informé  mon époux de mon intention pour l’agriculture. Au tout début, il n’a pas voulu et on a beaucoup trainé presque dix ans. J’ai essayé d’autres projets sans succès, j’ai passé les concours niveau certificat afin d’avoir quelque chose à faire, ne serait-ce que le concours de fille de salle et comme ce n’était pas ma vocation, je tente mais sans succès. Je me suis essayée dans le commerce en allant au Ghana acheter des marchandises pour venir revendre, mais cela n’a pas marché.

Finalement, j’ai dit à mon époux de me laisser retourner dans l’agriculture, chose qu’il ne voulait pas entendre parler et vu mon insistance et que j’étais désœuvrée, il a fini par céder.   C’est ainsi qu’il a accepté, vu que j’avais quelques notions en la matière. Aussi j’avais ce sixième sens de femme qui guidait mon choix et j’étais convaincue que si je me donnais réellement à fond j’allais réussir dedans.

Quel est le nombre de superficies que vous exploitez et quelles  sont les différentes spéculations que vous produisez?

De nos jours, j’exploite en culture de contre-saison 10 hectares, en campagne humide, j’exploite 53 hectares.

Je produis le maïs, le riz, le sésame, le niébé, non seulement le conventionnel, mais aussi la semence. Mais j’ai d’abord commencé par la banane douce et après l’INERA a introduit la banane plantain de même que la papaye. Je fais également de la maraicher-culture (choux, oignon, tomate, haricot-vert, piment, arachide et bien d’autres cultures). Mon  chiffre d’affaire avoisine vingt millions de francs CFA. Dans mes activités, je suis soutenue par ma famille  et bien d’autres personnes.

Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes qui hésitent encore à se lancer dans l’agriculture ?

Quand j’ai voulu me lancer dans le travail de la terre, si j’avais écouté les gens, je n’en serai pas là aujourd’hui.  Donc, j’exhorte les femmes qui hésitent encore à se lancer dans l’agriculture à franchir le pas. Pour se lancer dans l’agriculture, il faut avoir le courage, la passion et de la patience sinon, on risque d’abandonner quand on fera face aux préjugés (les dires des gens), aux difficultés. L’essentiel, c’est d’être déterminé, savoir ce que l’on veut et travailler dur. Il n’y a pas d’autres secrets.  Quand une femme veut entreprendre dans l’agriculture, d’aucuns diront qu’elle n’as pas de niveau, que c’est un travail salissant et certains diront même que c’est un travail d’homme ou un domaine réservé à ceux qui ont échoué dans la vie.

Alors j’invite les femmes à se départir de tout préjugé et à revenir dans l’agriculture, car il y a de l’or dedans. Et j’avoue que depuis que je me suis lancée dans l’agriculture, rien ne me manque, je suis une femme épanouie, car à tout moment il y a quelque chose à récolter et je ne chôme  pas.

Vous aviez reçu le prix de la meilleure exploitante familiale lors des Balo d’or 2020. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

C’est vrai, j’ai reçu le prix de la meilleure exploitante familiale lors des Balo d’or 2020, qui s'est tenue le 1er  octobre 2020, à Ouagadougou, présidée par le président du Faso, Roch Marc Christian KABORE. Ce fut pour moi une très grande surprise et en même temps une grande satisfaction. Je ne m’y attendais pas et je rends grâce à Dieu pour cela car c’est une grâce. Au début de mes activités, mes enfants n’ont pas épousé l’idée et ils m’ont même proposé plusieurs autres activités en dehors de l’agriculture et je leur ai dit que je voulais travailler la terre. Je vous raconte une petite anecdote : (Quand j’ai commencé, mon benjamin  m’a dit un jour qu’il a honte de dire à ses amis à l’école que sa mère travaille la terre). C’est pour vous dire à quel point on a du mal à accepter l’agriculture comme un métier. Mais par la suite ils ont compris que le travail de la terre nourrit son homme et maintenant ils acceptent et m’accompagnent.

Donc j’encourage les femmes et surtout les jeunes à travailler la terre. Je reçois beaucoup de jeunes stagiaires issus des écoles de formation  dans mon exploitation et cela me fait beaucoup plaisir, car c’est à cœur ouvert que je les reçois. J’interpelle les jeunes et surtout ceux qui hésitent encore à se lancer dans le travail de la terre à le faire.

Du reste, c’est vrai que j’encourage les femmes à travailler la terre mais l’accès des femmes à la terre est un véritable problème qui empêche les femmes à s’adonner réellement à l’agriculture. Une personne qui n’a pas été confrontée à cette situation ne comprendra pas ce que je veux dire. Même dans notre propre famille, quand on voit que la femme se bat bien, on commence à diminuer ses superficies exploitables au fil du temps.   

Je profite lancer un appel à l’Etat de penser aux femmes, ne serait-ce qu’en leur octroyant une partie des terres aménagées, car les femmes ont la volonté et il leur manque des superficies exploitables pour qu’elles puissent contribuer au développement de leur pays.

 

Service de communication et des relations publiques de l'UNPSB

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